L'histoire ancienne de la Guinée


10 Aug

Les recherches archéologiques menées en Guinée ont confirmé la présence de communautés de pêcheurs et d'agriculteurs sur les terres de la Guinée actuelle depuis 3000 ans. De nombreux foyers de vie ont été mis en évidence. Les vallées verdoyantes du Fouta Djallon, les bassins fertiles du Haut Niger propices à la cueillette, à la chasse et à la pêche ont attiré les hommes de bonne heure.

L'arrivée des populations, selon les chercheurs, serait consécutive au desséchement du Sahara, suivi de l'assèchement des fleuves, rivières et lacs. Les populations se déplacent vers les zones méridionales plus humides. Les terres comprises entre les fleuves Sénégal et Niger deviennent des zones privilégiées de regroupement des communautés d'éleveurs et d'agriculteurs. Tandis que certains groupes se dirigent vers les vallées du Bafing et de la Falémé, d'autres se fixèrent dans le delta intérieur du Niger.

Au 1er millénaire avant J.C., les premiers royaumes voient le jour dans cette région. La majeure partie du territoire guinéen a été partie intégrante des empires du Ghana et du Mali qui se sont succédé entre le IXème et le XVIème siècle. Le déclin de l'empire du Mali coïncide avec l'apparition en 1445, en Sénégambie, des premières caravelles portugaises. Cet empire est en proie à d'incessantes guerres de succession avec un pouvoir central affaibli et des provinces qui s'affranchissent progressivement de l'autorité de Niani. En 1464, Sonni Ali, un prince songhay monta sur le trône de Gao et parvint à amputer l'empire du Mali des provinces de la région de Oualata. Les mandingues perdirent le contrôle des pistes sahariennes au profit des songhay et refluèrent vers les régions occidentales de Guinée, de Gambie et de la Casamance.

Après quelques accrochages, les navigateurs portugais et les populations côtières firent la paix. Les portugais, intéressés par l'or, les peaux et autres produits exotiques du Soudan, les épices, les esclaves, vendaient des tissus, des ustensiles en fer, même des chevaux. Les mansas du Mali établirent des relations diplomatiques avec leurs homologues du Portugal.

A la faveur de ce commerce naissant des mouvements de populations drainent des familles maraboutiques et marchandes du moyen Niger vers le Gabou et la côte atlantique pour donner la configuration socio-politique connue à la conquête coloniale. 

Entre 1456 et 1460, Pedro de Sintra aborda au cap Verga et plus au sud, il atteignit la pointe de l'île de Tombo où se trouve Conakry. Les Portugais donnèrent les noms de Rio Nunez, Rio Pongo (déformation de Araponka), Rio Kapatchez, etc. aux rivières de la zone côtière.

Au large de Conakry furent découvertes les îles baptisées « Ilhas dos Idolos » (îles des idoles) parce que les habitants de ces îles, lorsqu'ils viennent semer le riz apportent leurs idoles qu'ils adorent. Ces navigateurs ont noté que les Portugais sont entrés en contact avec les Landouma et les Nalou dans le Rio compagny et le Rio Nunez. Ils ont également signalé la présence des Djallonké à l'intérieur des terres.

Les rapports tissés avec les Bagas furent difficiles entre le Rio Nunez et la presqu'île du Kaloum. Ils attestent l'existence de trois Suzerains dans la région côtière : Farin Souzos (roi des sosso), Farin Cocoli (roi des Lanlouma) et Farin Futa (roi djallonka).

Ainsi naissent les royaumes Sosso de Bramaya, de Thia de Lakhata et de Dubréka.

Au XVIème, le royaume Dubréka s'affirme avec la dynastie créée par le chef de guerre Soumba Toumani.

Dans la région du haut Niger, les groupes de marabouts Sarakollés du Djafouna s'installent vers la fin du XVIIème siècle, s'établirent au Manding entre le Niger et le Milo. Ils fondent le royaume du Batè (entre deux fleuves) don Kankan est la métropole.

Les villages qu'ils fondent sont Diankana, Foussén, Karifamoriah, Bankonko, Forécariah, Tassilima, Nafadji. Ils s'adonnent au négoce et à l'enseignement corannique. L'Islam fut, par leur action, réintroduit au Manding après une longue parenthèse consécutive à la chute de l'empire du Mali. Au XVIIIème siècle, Kankan, la métropole du Batè devint la capitale d'un royaume puissant grâce aux activités commerciales et la réputation de ses marabouts dont le patriarche Alpha Kabiné fut un des plus illustres.

Au milieu du XVIIIème siècle, un groupe maninka parti du Batè et vint s'établir à l'embouchure de la Mellacoré où il fonda la province du Moréah. Ce groupe était composé des clans Touré, Youla, Sylla, etc. Il était sous la conduite du patriarche Fodé Katibi, fondateur de Forécariah, comme en Fouta Djallon, les chefs du Moréah prennent ce titre de Almamy.

La région forestière semble moins perturbée par ces mouvements de populations. Toutefois, on note que les Kissi, en provenance du nord, auraient transité par Faranah (Kobikoro) avant de s'installer dans leur habitat habituel où ils auraient basculé les Loma, qui semblent être les premiers occupants. Les Kpèlè, les Manon et Konon seraient partis de Moussadou (préfecture de Beyla) sous la poussée des Maninka, pour s'établir en plein coeur de la forêt dans le sud du pays.

LE TRAITE NEGRIERE ET LA PENETRATION COLONIALE

Les Rio et les îles offrent d'excellents abris aux bateaux. Les comptoirs commerciaux s'édifient et le commerce des esclaves prend progressivement le pas sur les autres formes d'échange.

La traite pèse sur la vie des populations et des royaumes, l'esclave devenant la principale monnaie d'échange qui permet d'obtenir les armes à feu. Les guerres entre royaumes se multiplient, les mouvements de populations s'intensifient. La carte géopolitique change au gré des guerres. Des nouvelles dynasties naissent des clans et des tribus se déplacent à la recherche de la sécurité et de la paix.

L'islam a joué un rôle le premier plan dans cette période d'instabilité. 

C'est l'ère des marabouts fondateurs de villages ou des marabouts guerriers comme Karamoko Alpha de Timbo, Abdel Kader du Fouta -Toro, Ahmadou du Marina, Elhadj Oumar Tall de Dinguiraye. Des royaumes théocratiques naissent, le Djallonkadougou deviendra plus tard le Fouta Djallon.

Le XVIIIème siècle voit la naissance et le rapide développement du royaume musulman du Fouta Djallon. Le djihad déclenché contre les animistes et autochtones sous la direction de Karamoko Alpha Sambégou, grand exégète du coran, érudit aidé par son cousin Ibrahima Sory, un franc guerrier. Les musulmans peuhls remportèrent la victoire à Talansan en 1730. Les autochtones émigrèrent vers la côte.

Les victorieux organisèrent un nouveau pouvoir fondé sur la loi coranique. Les neufs chefs religieux qui avaient dirigé le soulèvement devinrent les chefs des provinces. Alpha Sambégou Barry ou Karamoko Alpha fut élu Almamy et Timbo, sa ville devint la capitale du royaume. Le Fouta Djallon sera un important centre de rayonnement de l'islam dans la région, Kansala, la capitale du Gabon, dernier bastion animiste de Sénégambie fut assiégé et détruit.

Une décennie plus tard, le Fouta Djallon connaîtra ses premiers accrochages avec les Français. Le royaume gardera sa cohésion jusqu'à la conquête. 

Après avoir battu l'Almamy Bocar Biro à Poredeka en 1896, ils éliminèrent Alpha Yaya Diallo, le roi de Labé.

Un bref aperçu sur l'organisation sociale et politique de cette époque montre que les sociétés pré -coloniales guinéennes ont connu un remarquable essor sur le plan économique et culturel.

SOURCE: LUC MOGENET

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