Guinée culture: foulé ou la flûte mandingue


25 Sep

La flûte mandingue est la flûte jouée par les peuples mandingues, principalement les malinkés et les kouranko.

La langue d’un peuple permet parfois de comprendre sa manière de penser. A travers la langue malinké (bambara, diula) on se rend compte qu’on ne « joue » pas la musique on « dit » la musique. En effet le verbe dire « fo » est également associé à la musique. Ainsi un joueur de djembe est appelé « djembe fola », un joueur de kora « kora fola » …une seule exception : le flûtiste qu’on appelle communément « fule fela ».

Fulé signifie « flûte » en maninka (langue des Malinkés), « fe » l’action de souffler.

Et pourtant la flûte mandingue parle ! Les fuléfela parlent dans leur flûte en utilisant les mêmes intonations que les louanges des griots.

ORIGINES

Il est difficile de dater l’origine de la flûte mandingue, ou même d’affirmer son antériorité à celle de la tambin (flûte peule).

La flûte que nous connaissons actuellement a connu une évolution :

- La flûte existait au temps du prophète Mohamed(psl), elle était parfois en corne d’animaux. Les échanges transsahariens et le contact avec les populations arabes ont permis la transmission de cet instrument auprès des populations africaines.

- Au temps de Sundiata (13eme siècle) la flûte était déjà pratiqué. Selon la légende c’est avec la création du balafon par Soumaoro Kante à Sosso que l’ont aurait trouvé les 2ème et 3ème trous de la flûte afin de s’adapter à sa gamme. A cette époque on n’utilisait pas encore le roseau tambin mais le kaala (un bois rongé à l’intérieur par les vers)

- La flûte a connu un moment important de son histoire au temps de Samori Toure (fin 19ème ). Certains chefs africains étaient accompagnés d’orchestre traditionnel qui comportait parfois des flûtistes, comme par exemple Kisi Kaba Keita. Ce dernier était accompagné de son flûtiste Mamady Mansare qui a composé des hymnes à sa gloire dont certains resteront célèbres et réappropriés au moment des indépendances : « la voie sacrée » est devenue l’hymne des fulefela, en tout cas celui des flûtistes de la famille Mansare. 

Si l’on trouve chez les malinkés de nombreux djembefola, dunumfola ou encore balafola les flûtistes sont peu nombreux. Ils sont le plus souvent originaire de la région de Kissidougou (Faramayah) ou de Faranah (Sankaran) et en moindre proportion dans les régions de Kouroussa (Hamanah) ou de Kankan ou de Siguiri (Mandé).

Les fuléfela (Mansare, Oulare, Camara, Condé…) ne sont généralement pas griots (Kouyate,Diabate, Cissoko…), même si l’air de la flûte reprend souvent le chant des griottes. Les connaissances se transmettent principalement au sein de la famille.

La flûte se joue principalement pour encourager les cultivateurs pour le travail dans les champs ou lors des fêtes populaires (mariage, baptême, .). La flûte sert à apporter une rythmique mélodique et à lancer les chants. Elle est alors accompagné des djembe, dunum, et parfois des balafons. Les rythmes privilégiés de la flûte mandingue sont bien évidemment des rythmes malinkés tels que Soli, Kassa, Soko, Dunumba, Mendiani, Konkoba…

AU VILLAGE

Les mélodies jouées dans la flûte sont des reprises des chants des griottes. Par exemple dans tel village un chant créé à une occasion précise a connu un large succès populaire qui lui a permis de traverser le temps, ce chant populaire sera repris par le flûtiste. Ainsi il existe de nombreux chants sur le rythme soli, de nombreux chants sur Kassa, Mendiani, Dunumba…

Il y a autant de chant sur soli qu’il y a de village en Haute-Guinée !

Les airs de flûte joués dans le contexte villageois correspondent a une partie du répertoire des fuléfela, que nous pourrions définir comme « chansons paysannes ».

A LA COUR

Une autre partie de ce vaste répertoire est constituée par les « chants historiques ». Il s’agit d’une autre catégorie de musique qui aurait plus comme décor la cour du roi plutôt que les champs ! C’est la musique des griots. Certaines de ces musiques sont très anciennes et dates du Moyen Age : Djondjon, Kuladjin, soundiata fassa (dont ils existent de nombreux chants et musique comparable à un opéra) ou encore Duga… d’autres sont plus récents comme par exemple Keme Bourema (fin 19ème ). Lorsque que le flûtiste aborde ce répertoire il est le plus souvent accompagné de balafon, kora, bolon…. Les mélodies jouée par la flûte correspondent le plus souvent aux chants des griots ou aux phrases (préexistantes) du balafon. Ce style musicale a été remis à l’honneur avec l’avènement des grands ballets nationaux comme les Ballets Africains.

LA FONCTION

La flûte est un instrument privilégié dans un autre contexte social un peu plus méconnu. Dans certains village (kouranko..) la flûte permet de rentrer en communication avec les fétiches. Il y a de ces flûtistes-cultivateurs dans des villages reculés de Haute-Guinée qui pratiquent la flûte uniquement dans la dimension sacrée : ils ne jouent pas dans les fêtes ni dans les ballets, ils jouent uniquement pour communiquer avec les fétiches. Les thèmes joués sont particuliers comme par exemple Kawa ou encore Fakoly et bien d’autres mélodies dont aucun enregistrement n’est disponible.

La flûte mandingue est peu utilisée dans la musique variété guinéenne. Hormis dans les enregistrements de musique traditionnelle il est rare d’entendre la flûte mandingue. Nous pouvons néanmoins l’entendre dans des albums de Momo Wandel (Afro swing, Matchowé) qui propose un mélange de musique traditionnelle et de jazz, ou encore dans un album des Espoirs de Coronthie.

TRANSMISSION

Contrairement aux Peuls il est rare d’entendre chez les Malinkés plusieurs flûtes jouées en même temps. Cette pratique est cependant courante dans l’apprentissage de l’instrument. Le « maître » donne des accompagnements à ses élèves, base musicale sur laquelle il exécute des solos : phrase de chants, paroles dans l’intonation des louanges des griots, variations rythmiques… Les accompagnements se complètent entre eux pour former des polyrythmies, (comme pour les djembés). Il est très agréable de jouer  à plusieurs flûtes.(ou d’écouter!).


Source : Mamadi Djembefola

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